Paroles d'histoire

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Un podcast consacré à l'actualité des livres, de la recherche et des débats en histoire

59 épisodes

12 juin 2019 - 00:51:02
L’invité : Emmanuel Fureix, maître de conférences à l’Université Paris-est Créteil Le livre : L’œil blessé. Politiques de l’iconoclasme après la Révolution française, Champ Vallon 2019. La discussion :* Le titre du livre : de qui l’œil est-il blessé, et par quoi ? * Les signes visés par l’iconoclasme politique, et les types d’opérations qui les entourent * Une inquiétude envers les signes politiques, qui produit des sources administratives et judiciaires en particulier * Des témoignages, qui n’émanent que peu des hommes politiques, qui jugent tout cela dérisoire * L’iconoclasme, trace d’autres formes de politisation, et de conceptions de la citoyenneté, que celle qui passe par le vote * Une pratique iconoclaste qui ne s’explique pas seulement par des éléments sociologiques (couches populaires vs. élites) * La monnaie, où s’inscrit la souveraineté, visée par l’iconoclasme * L’imaginaire du régicide visant les Bourbons * Les fleurs et leur gamme chromatique indiquant des appartenances politiques * La croyance en une puissance performative des signes et des gestes qui les visent * La tension entre gestes iconoclastes et sacralisation du patrimoine et de la propriété au XIXe siècle * Un iconoclasme chirurgical à lier à la notion d’« iconoclash » (Bruno Latour) * Un iconoclasme entre spontanéité et le calcul * Le contexte particulièrement troublé des années 1814-1816, et la virulence iconoclaste de la seconde Restauration * Un usage paradoxal et risqué de l’iconoclasme du côté des Bourbons et de leurs partisans * Une autre dimension de ces conflits autour des signes : le défi masculin dans l’espace public * La « recharge iconoclaste » de février 1831 * Quels sens donner à la scène célèbre du « sac  des Tuileries » en  février 1848 ? * Le surprenant iconoclasme de la République conservatrice de 1849-1851 * Un moment d’iconoclasme un peu oublié : la chute du Second Empire en septembre 1870 * Le rapport entre Paris et province et les moments de diffusion des nouvelles parisiennes à l’origine de pratiques iconoclastes * La violence iconoclaste, substitut à la violence physique ? * Une efficacité des gestes iconoclastes qui semble décroître dans le dernier tiers du XIXe siècle * La faible circulation internationale de l’iconoclasme, à la différence de la barricade. * Les résurgences de l’iconoclasme dans les sociétés contemporainesLes conseils de lecture : – Alain Corbin, Le village des cannibales, Paris, Aubier, 1990. – Emmanuel Fureix, Le siècle des possibles (1814-1914), Paris, PUF, 2014.
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5 juin 2019 - 00:40:00
L’invité : Igor Moullier, maître de conférences à l’ENS de Lyon Le thème : l’affirmation de l’État en France à l’époque moderne / le modèle britannique au XVIIIe siècle (nouveaux programmes de Seconde) La discussion :* Le regard que porte un moderniste sur le retour de l’histoire moderne, sous une forme plutôt traditionnelle, dans les programmes du lycée (1:15) * L’absolutisme, une notion moins évidente et plus discutée que par le passé (2:50) * Les relectures du règne de Louis XIV, notamment dans l’historiographie anglophone (6:00) * À quoi ressemble l’État moderne, en termes d’effectifs, encore limités ? (7:45) * La place qui reste centrale de la noblesse et d’autres acteurs sociaux même dans une monarchie dite « absolue » (9 :40) * La guerre au cœur des dynamiques d’affirmation de l’État au XVIIe siècle, et depuis la fin du Moyen âge (11:00) * L’impôt comme fil directeur possible d’une partie du programme de Seconde (12:30) * Les relectures de l’histoire britannique, aujourd’hui démythifiée par l’historiographie qui souligne les tensions qui précèdent et accompagnent l’avènement du parlementarisme (16:00) * Les enjeux des complexes révolutions britanniques du XVIIe siècle (19:15) * Les textes et pratiques du parlementarisme britannique (22:45) * Les circulations idéologiques à l’encontre de l’idée d’un “modèle” britannique simplement diffusé (26:25) * Les rapports entre États monarchiques et Églises en France et en Grande-Bretagne (27:15) * Les approches historiques qui ont réfléchi à la dimension spatiale de l’État, à sa maîtrise du territoire (30:25) * Une analyse de l’Habeas corpus de 1679 (33:30)Les références citées dans le podcast:* John Brewer, The Sinews of Power. War, Money and the English State, 1688-1783, Londres, Unwin Hyman, rééd. Routledge, 1994 * Pierre Goubert, Louis XIV et vingt millions de Français, Paris, Fayard, 1966. * Renaud Morieux, Une mer pour deux royaumes, La Manche, une frontière franco-anglaise (XVIIe – XVIIIe siècle), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008 * Daniel Nordman, Frontières de France. De l’espace au territoire, XVIe-XIXe siècles, Paris, Gallimard, Bibliothèque des histoires, 1999Les conseils de lecture : – Fanny Cosandey et Robert Descimon, L’Absolutisme en France. Histoire et historiographie, Paris, Seuil, « Points Histoire »/ »L’histoire en débats », 2002 – James Collins, La monarchie républicaine. État et société dans la France moderne, Odile Jacob, 2016.
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5 juin 2019 - 01:04:49
Les invité-e-s : Sébastien Cote, professeur en CPGE et directeur de collection de manuels scolaires ; Carole Greffrath, éditrice chez Nathan ; Emmanuelle Picard, maîtresse de conférences à l’ENS de Lyon Les livres : S. Cote et E. Picard (dir.), Regards historiques sur les grandes étapes de la formation du monde moderne ; Regards historiques sur Nations empires et nationalités de 1789 aux lendemains de la Première Guerre mondiale (Nathan, à paraître en 2019) La discussion :* L’origine du projet de livre d’accompagnement historiographique aux programmes scolaires dirigé par S. Cote et E. Picard (2:10) * L’accès plus facile aujourd’hui aux renouvellements grâce à des ressources électroniques (4:30) * Comment relire de façon novatrice des programmes d’apparence très classiques ? (6:35) * Peut-on faire des manuels et rester critique envers les réformes et les choix ou le fonctionnement de l’institution scolaire ? (9:35) * Les rapports entre monde universitaire et histoire enseignée dans le secondaire, avec des liens transformés et en partie à renouer (12:15) * Les enjeux civiques de l’histoire scolaire : usages publics de l’histoire, rapport à la vérité, place de la méthode historique (17:55) * Les usages multiples et parfois contradictoires des manuels, transformés encore par le passage au numérique, non sans poser problème (20:30) * La distinction à faire entre programmes, manuels, et contenus des cours d’histoire, source de polémiques artificielles (« Verdun ne sera plus enseigné ! ») (25:50) * La place des « points de passage et d’ouverture » et la lourdeur des programmes (30:50) * La méthode historique et les sources à placer au cœur de la pédagogie ? (36:00) * Les contraintes d’écriture et de fabrication d’un manuel (45:25) * Comment sont choisis les auteurs ? Quel rôle pour le directeur ? (52’50) * La prise en compte des troubles « dys » dans les manuels (56’40) * Est-ce que certaines situations d’apprentissage sont testées avant d’être dans les manuels ? (57’50) * Les différents métiers (cartographe, iconographe…) impliqués dans la fabrication d’un manuel (1:00:40) * Comment rappeler dans un manuel que les femmes sont actrices de l’histoire ? (1:02:25)
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29 mai 2019 - 00:37:54
L’invitée : Charlotte de Castelnau-L’Estoile, professeure d’histoire moderne à l’université Paris-Diderot Le livre : Páscoa et ses deux maris. Une esclave entre Angola, Brésil et Portugal, Paris, PUF, 2019. La discussion :* La vie et la condamnation pour bigamie d’une esclave (1:00), avec sa marge de liberté (“agency”) * Un cas trouvé dans les sources inquisitoriales (3:15) * L’inquisition portugaise, machine implacable et minutieuse (5:35) * Les regards critiques portés par les voyageurs étrangers à l’époque moderne sur la société brésilienne, remarquant la prégnance d’une religiosité baroque et de l’esclavagisme (9:15) * La structure de l’empire portugais entre Europe, Afrique et Brésil (10:35) * Les spécificités de l’esclavage en Angola, et ce qu’on peut savoir du statut de Páscoa (13:45) * L’Angola, dans un entre-deux linguistique et culturel (19:50) * La bigamie comme véritable « crime de l’empire » du fait des circulations dans cet espace (22:20) * Pourquoi l’Église et l’Inquisition accordent-elles tant d’importance au mariage des esclaves ? (23:35) * Les actions et réactions de Páscoa qui fait face à la procédure dirigée contre elle : contre-enquête, réactivation de réseaux, capacité à bâtir une défense et une argumentation (26’35) * La contradiction entre conception économique de l’esclavage (comme chose) et le mariage des esclaves (sacrement indissoluble) (28:40) * La fin de cette histoire avec le retour de Páscoa au Brésil, et dans sa condition d’esclave (30:35) * Les enjeux éthiques et méthodologiques qu’implique l’écriture de cette histoire (33:15)Les conseils de lecture : – Le “roman documentaire” de Thorkild Hansen en trois volumes, dont deux traduits (Actes sud): La Côte des esclaves (1990), Les bateaux négriers (1996). – Gisli Palsson, L’homme qui vola sa liberté. Odyssée d’un esclave, Gaïa éditions, 2018.  
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24 mai 2019 - 00:49:51
L’invitée : Françoise Waquet, directrice de recherche émérite au CNRS Le livre : Une histoire émotionnelle du savoir, XVIIe-XXIe siècle, Paris, Éditions du CNRS, 2019. La discussion :* L’histoire des émotions dans le fil d’un parcours de recherche centré sur les savants (1:00) * Entrée en matière : l’émotion de l’agrégé de Lettres Pierre-Maurice Masson devant sa thèse achevée en 1916 (2:30) * Des émotions situées : avec des collègues, des supérieurs, des instruments, un corps… (4:45) * Des émotions malgré un idéal savant d’objectivité, passant par des publications normées avec une façade lisse et dépourvue d’émotions, notamment en sciences « dures » avec le modèle IMRAD (Introduction, materials and methods, results and discussion) pour les articles (6:00) * Pour trouver les émotions des chercheurs : deux types de sources : ego-documents (lettres, récits, remerciements…) et rapports sur la condition des chercheurs et chercheuses (10:25) * Un « tournant réflexif » des sciences humaines depuis les années 1980, et la multiplication de textes d’« ego-histoire » (15:05) * Les émotions, la recherche et la question du masculin / féminin (16:30) * Les émotions positives : admirations et chocs devant des rencontres de livres ou de personnalités admirées (19:10) * L’attachement aux lieux de travail, comme les laboratoires (21:25) * Le choc émotionnel que fut, en France, le passage de l’ancienne Bibliothèque nationale (salle Labrouste, rue de Richelieu) au site de la BNF-Tolbiac (23:00) * Les bouleversements liés à l’arrivée de l’ordinateur, entre émerveillement et craintes, puis « computer anxiety » et « computer rage » (29:00) * Les émotions négatives liées aux difficultés de recrutement, à travers les campagnes de Marc Bloch et Lucien Febvre au Collège de France (34:20) * La perte d’une bibliothèque et de papiers, douleur pour un chercheur ou une chercheuse (41:30) * Le manque de reconnaissance des « petites mains » ayant travaillé aux grandes enquêtes collectives des années 1960-1970 (43:45)Les références citées dans le podcast : – Etienne Anheim, Le travail de l’Histoire, Publications de la Sorbonne, 2018. – Marc Bloch et Lucien Febvre, Correspondance, édition de Bertrand Müller, Fayard, 3 vol. – Patrick Boucheron, Faire profession d’historien, Publications de la Sorbonne, 2010. – Lorraine Daston, Peter Galison, Objectivité, Les presses du réel, 2012. – Philippe Descola, Les Lances du crépuscule : relations Jivaros. Haute-Amazonie, Paris, Plon, « Terre humaine », 1993. – Arlette Farge, Le goût de l’archive, Paris, Seuil, 1989. – François Jacob, La statue intérieure, Paris, Odile Jacob, 1987. – Michel Perrin, Le chemin des Indiens morts : mythes et symboles guajiro, Payot, 1976. – Dossier « Bibliothèque nationale de France : expériences vécues », Le Débat, 1999/3 (n° 105) – Article sur la controverse liée à l’ouverture de la BNF-Tolbiac Le conseil de lecture : – Jean Rouaud, Kiosque, Paris, Grasset, 2019.
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15 mai 2019 - 00:58:10
L’invitée: Elisabeth Lusset, chargée de recherche au CNRS F. Murray Abraham, Michael Lonsdale, Sean Connery, Umberto Eco et Jean-Jacques Annaud sur le tournage du Nom de la Rose Le film: Le Nom de la Rose de Jean-Jacques Annaud (1986), d’après le roman d’Umberto Eco La discussion:* Présentation générale et résumé du film (1:30) * L’origine du projet et le rôle des médiévistes comme conseillers historiques: Jacques Le Goff, Jean-Claude Schmitt, Michel Pastoureau, Françoise Piponnier…(5:45) * Le casting et le choix discuté de Sean Connery (10:40) * Les décors et les inspirations pour l’abbaye, mélange de différents sites: Eberbach, Rocca di San Leo, Sagra di San Michele, Castel del Monte… (12:20) * Pourquoi une statue baroque dans un film médiéval ? (14:15) * La réception critique et publique du film (15:40) * Un roman d’Umberto Eco presque impossible à mettre à l’écran (17:55) * La réaction furieuse de Jacques le Goff à la vision du film, et l’écart ou la tension entre cinéastes et historiens (21:20) * Une représentation du Moyen âge en partie juste, mais largement fantasmée (22:50) * La mise en scène d’un monastère bénédictin, et de ses rapports avec les paysans montrés comme misérables et exploités (24:25) * Le discours idéologique ou politique du film, et l’Église dépeinte comme instance de domination (26:00) * L’origine des franciscains, et des accusations d’hérésie portées contre certains ordres ou groupes religieux: Dolciniens, Spirituels… (31:50) et la mise en scène des affrontements religieux dans le film (37:20) * La représentation de la vie monastique et la crainte du scandale face aux transgressions  (38:20) * Enquêtes, autopsies et poisons au Moyen âge (41:00) * Peut-on torturer un moine médiéval, comme le suggère Bernardo Gui dans le film ? (43:40) * La question de l’abstinence des clercs (45:40) * L’anglais comme équivalent du latin dans le film, et le jeu sur les origines géographiques des personnages, avec le monastère comme lieu d’accueil (46:40) * Livres, scriptorium, bibliothèques (49:35) * Un Moyen âge dépeint sous des couleurs sombres, issu d’un imaginaire gothique / romantique: bossu, procès d’une « sorcière »… (52:33) * Guillaume de Baskerville comme incarnation du versant positif, rationnel, du monde médiéval, par opposition au fanatisme de l’inquisiteur (moins sanguinaire dans la réalité) et du bibliothécaire (54:20) * Les scènes les plus intéressantes d’un point de vue pédagogique ou pour ce qu’elles révèlent de la vision contemporaine du Moyen âge (55:40)Les références et conseils de lecture : Sur le film : – Jean-Jacques Annaud, Une vie pour le cinéma, entretiens avec M.-F. Leclère, Paris, Grasset, 2018 – Priska Morrissey, Historiens et Cinéastes : rencontre de deux écritures, Paris, l’Harmattan, coll. « Champs visuels », 2004. – Jacques Le Goff, Une vie pour l’histoire: entretiens avec Marc Heurgon, Paris, La Découverte, 1996. – Michel Pastoureau, « La collaboration historique au cinéma: entretien avec Michel Pastoureau », Revue de l’Association historique des élèves du lycée Henri-IV : L’émoi de l’histoire, 21, tome 1, printemps 2000, p. 6-23. En histoire médiévale, pour l’éclairer : – “Le cloître et la prison”:  webdocumentaire sur l’enfermement à Clairvaux – François Amy de la Bretèque, L’Imaginaire médiéval dans le cinéma occidental, Paris, Champion, 2004. – Franck Collard, Le Crime de poison au Moyen Âge, Paris, PUF (« Le nœud gordien »), 2003. – Faustine Harang,
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8 mai 2019 - 00:44:53
L’invitée : Sandrine Victor, maître de conférences à l’institut universitaire d’Albi Le livre : Les fils de Canaan. L’esclavage au Moyen âge, Paris, Vendémiaire, 2019. La discussion : Sur l’esclavage médiéval – l’origine du livre et la curiosité pour la présence des esclaves sur les chantiers médiévaux ; la présence parfois effacée de l’esclavage dans l’historiographie ; les grands débats portant sur le Moyen âge comme sortie de l’antiquité esclavagiste ; l’ambiguïté fondamentale du vocabulaire médiéval de l’esclavage et les difficultés qu’il pose aux historien·ne·s ; la phase initiale du Haut moyen âge où les codes barbares attestent le maintien de l’esclavage ; une définition de l’esclavage et les distinctions à faire avec le servage, en particulier de provenance géographique ; la distinction entre société esclavagiste et société à esclaves ; la difficile quantification de la part des esclaves ; le regard porté sur la Méditerranée médiévale, central pour le dossier de l’esclavage, et la géographie du trafic avec ses plaques tournantes (Verdun, Gênes…) ; les continuités entre esclavage médiéval et traite moderne se développant au XVIe siècle ; la place des esclaves dans la vie économique, en ville en particulier ; les justifications données à l’esclavage, sur le plan religieux notamment ; les possibilités d’affranchissement, limitées par un stigmate persistant ; la rareté des révoltes serviles. Sur l’incendie de Notre-Dame – le choc provoqué par l’incendie ; les possibilités qu’il offre pour renouveler les connaissances ; la nécessité de prendre le temps de l’étude, de la réflexion et du débat pour savoir que qui pourra / devra être reconstruit. Les conseils de lecture : -Olivier Grenouilleau, Qu’est-ce que l’esclavage? Une histoire globale, Paris, Gallimard, 2014. -Fabienne Guillen, Salah Trabelsi (dir.), Les esclavages en Méditerranée. Espaces et dynamiques économiques, Madrid, Casa de Velazquez, 2012. -Philippe Bernardi, Bâtir au Moyen âge, Paris, CNRS éditions, 2011.
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24 avril 2019 - 00:44:41
L’invité : Olivier Jandot, agrégé et docteur en histoire moderne, enseignant au lycée Gambetta-Carnot d’Arras et à l’Université d’Artois Le livre : Les délices du feu. L’homme, le chaud et le froid à l’époque moderne, Champ Vallon, 2018. La discussion : l’effort de contextualisation et d’imagination à produire pour comprendre les notations du passé concernant le froid et l’hiver ; le « grand hiver » de 1709 et les raisons de sa notoriété ; la nécessité de croiser les sources (médicales, du for privé) pour comprendre ce rapport au froid, et l’utilisation des sources iconographiques, en lien avec les travaux des médiévistes ; la vulnérabilité face au froid des sociétés anciennes, illustrée par la régularité des morts de froid ; l’absence d’isolation thermique de l’habitat ancien, compensée par des « espaces gigognes » ; la fracture géographique et culturelle entre cheminées et poêles ; la nécessité d’économiser le bois, et de se chauffer avec des combustibles de substitution ; un enjeu social qui s’aggrave avec une crise forestière perçue au XVIIIe siècle ; les instruments de chauffage portatifs ; la persistance de ce rapport au froid tard au XXe siècle, illustrée par la chanson « Bonhomme » de Georges Brassens (1958, extrait sonore) avec le bois mort, « chauffage du pauvre » ; un rapport à la chaleur socialement différencié mais qui touche aussi les puissants ; a chaleur humaine et animale comme solution face au froid ; l’évolution majeure décelable au XVIIIe siècle à partir notamment de la Mécanique du feu de Nicolas Gauger (1713) ; la circulation des savoirs (Benjamin Franklin) avec une prise en compte scientifique de la chaleur ; un discours critique sur la demande sociale de chaleur, lisible chez Rousseau par exemple. Musique de générique : Henry Purcell (livret de John Dryden), King Arthur, 1691, interprété par le Deller Consort (Nigel Beavan, basse), acte III, « Air du froid » COLD GENIUS What power art thou, who from below Hast made me rise unwillingly and slow From beds of everlasting snow? See’st thou not how stiff and wondrous old, Far unfit to bear the bitter cold, I can scarcely move or draw my breath? Let me, let me freeze again to death. Les conseils de lecture : – André Bucher. Déneiger le ciel. Sabine Wespieser, 2007. – Françoise Waquet, Histoire émotionnelle des savoirs, CNRS, 2019.  
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17 avril 2019 - 00:57:12
Les invités : Julie Deschepper, doctorante à l’Inalco ; Sylvain Dufraisse, maître de conférences à l’Université de Nantes L’exposition et le livre: “Rouge. L’art au pays des soviets” (Grand Palais, jusqu’au 22juillet 2019) Les héros du sport. Une histoire des champions soviétiques (années 1930 – années 1980), Champ Vallon, 2019. La discussion : pourquoi il faut voir l’exposition « Rouge », d’une grande richesse en termes d’œuvres exposées, et de variété de formes artistiques ; un art qui ne se réduit pas à ses dimensions officielles ou « totalitaires » ; parmi ces œuvres, celles consacrées aux corps, allant de la biomécanique de Meyerhold à la promotion de la vigueur physique ; d’autres qui illustrent la violence stalinienne ; la césure muséographique entre 1er niveau de l’exposition (années 1920) et second niveau (années 1930) à interroger ; la complexité des années 1930 avec l’ouverture aux loisirs « modernes » comme le parachutisme ; le concept moins simple qu’il n’y paraît de « réalisme socialiste » ; certaines continuités entre les années 1920 et 1930 en matière de figuration et de représentation ; l’accent bienvenu mis sur l’architecture et l’espace public dans l’exposition ; les reconfigurations de la ville socialiste dans un contexte de pénuries de logements ; les artistes et sportifs comme « promus » (Nicolas Werth) dans la société soviétique ; le concept de kultur’nost ou de « civilisation » soviétique ; les contradictions du sport de compétition dans une société collectiviste ; la nécessité d’éviter une lecture trop monolithique du régime soviétique, pour comprendre les discussions ou compétitions entre organes ; la façon dont l’URSS se construit au contact de l’étranger et de l’Ouest (avec le fait de quitter ou de rejoindre les fédérations sportives « bourgeoises » ou le CIO) ; l’URSS qui attire des sportifs « marginaux » comme Jules Ladoumègue dans les années 1930 ; les problèmes que posent les voyages des sportifs soviétiques à l’étranger ; un retour critique sur l’idée de « stagnation » à l’ère brejnevienne. Les références citées dans l’émission : – « Rouge ! L’art au pays des soviets », documentaire d’Arte (A. Minard) – Michael David-Fox, Showcasing the Great Experiment. Cultural Diplomacy and Western Visitors to the Soviet Union, 1921‑1941, Oxford University Press, 2012. – Sabine Dullin, La frontière épaisse. Aux origines des politiques soviétiques (1920-1940), Paris, Éditions de l’EHESS, 2014. – Marc Elie et Isabelle Ohayon, « L’expérience soviétique à son apogée », Cahiers du monde russe, 54/1-2, 2013. – Emila Koustova, « Les fêtes révolutionnaires russes entre 1917 et 1920. Des pratiques multiples et une matrice commune », Cahiers du monde russe, 47/4, 2006. – Cécile Pichon-Bonin, Peinture et politique en URSS : l’itinéraire des membres de la Société des artistes de chevalet (1917-1941), Dijon, Les Presses du réel, 2013. – Travaux de Valérie Pozner sur le cinéma Les conseils de lecture : – Ilf et Petrov, Le veau d’or – Gianni Haver, Jean-François Fayet, Valérie Gorin, Emilia Koustova (dir.), Le spectacle de la Révolution. La culture visuelle des commémorations d’Octobre, Lausanne, Antipodes, coll. « Univers visuels », 2017 – Sheila Fitzpatrick, Le stalinisme au quotidien. La Russie soviétique dans les années 30, Paris, Flammarion, 2002.
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10 avril 2019 - 00:36:08
L’invitée : Caroline Muller, maîtresse de conférences à l’Université de Rennes-2. Le livre : Au plus près des âmes et des corps. Une histoire intime des catholiques au XIXe siècle, Paris, PUF, 362 p., 2019. La discussion : la direction de conscience, une pratique sociale et religieuse qui se constitue au XIXe siècle ; une Église très préoccupée des « mauvaises lectures » ; la constitution d’un corpus de sources et ses difficultés, à travers notamment les fonds de l’Association pour l’autobiographie ; la façon de décrypter les correspondances formant le matériau de l’ouvrage, et les vertus de la lassitude dans la lecture des sources ; faire l’histoire du catholicisme en devant s’approprier de l’extérieur les codes et les vocabulaires de la religion ; le paradoxe d’une pratique religieuse qui ouvre des marges de liberté aux femmes qui y ont recours ; l’ancrage social de ce travail au sein des élites sociales ; des ressemblances avec la relation contemporaine à un « psy » ; la complexité des relations ainsi nouées entre ces hommes et ces femmes, et le cas de l’exubérante Marie Rakowska ; l’importance des arrangements matrimoniaux, et la place attribuée au mariage d’« amour » ; les problèmes de sexualité qui affleurent dans ces sources ; le comptage (des coïts, des masturbations…) comme instrument de l’écriture de soi ; les évolutions diachroniques décelables dans le corpus ; les choix d’écriture qui ont présidé à la thèse et au livre. Les références citées dans le podcast : – Loïc Artiaga, Des torrents de papier. Catholicisme et lectures populaires au xixe siècle, Limoges, Presses universitaires de Limoges, 2007. – Guillaume Cuchet, Faire de l’histoire religieuse dans une société sortie de la religion, Paris, Publications de la Sorbonne (« Itinéraires », 4), 2013. – Isabelle Matamoros, Mais surtout, lisez ! Le conseil de lecture : Hélène Dumas, Le génocide au village. Le massacre des Tutsi au Rwanda, Paris, Seuil, 2014.
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3 avril 2019 - 00:28:04
L’invitée : Sarah Rey, maître de conférences en histoire antique à l’Université de Valenciennes. Le livre : Les larmes de Rome. Le pouvoir de pleurer dans l’Antiquité, Paris, Anamosa, 2018.La discussion : l’origine du travail, dans une lecture continue de Tacite ; Le vocabulaire latin des larmes, très varié ; les difficultés méthodologiques pour accéder aux pleurs réels via des textes ; la faible figuration iconographique des larmes ; la figure de Cornelia, la mère des Gracques, capable de ne pas pleurer ; le deuil (funus) et l’impératif des pleurs ; des larmes inappropriées, comme celles de l’empereur Hadrien sur Antinoüs ; une législation sur les larmes ?; des larmes de Rome au miroir de celles des Grecs ; une « diplomatie des larmes » entre Rome et les autres peuples ; un idéal aristocratique de mesure des larmes ; une « transparence affective » réussie par Auguste ; l’art oratoire comme manière de déployer ou de susciter des larmes ; une mort romaine réussie, lorsque les larmes sont correctement retenues ; quelles évolutions diachroniques dans la façon de pleurer ?; la christianisation des larmes et des codes émotifs à la fin de l’antiquité. Les conseils de lecture : Piroska Nagy, Le don des larmes au Moyen Age. Un instrument spirituel en quête d’institution, Ve-XIIIe siècle, Paris, Albin Michel, 2000 ; Dominique Noguès, L’interruption, Paris, Flammarion, 2018.
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27 mars 2019 - 00:44:53
Les invité-e-s : Laurence de Cock (professeure en lycée), Mathilde Larrère (MCF à l’Université Paris-Est-Marne-la-Vallée) et Guillaume Mazeau (MCF à l’Université Paris-I) Le livre : L’histoire comme émancipation, Agone / Aggiornamento Histoire-géographie, 2019. La discussion : le sens à donner au titre du livre, « l’histoire comme émancipation » (1:00) ; la défense d’une histoire qui peut être à la fois engagée et scientifique (4:30) ; la méthode historique qui peut elle-même être émancipatrice (6:20) ; ne pas substituer un « roman de gauche » au « roman national » (10:00) ; l’importance du travail historique pour faire exister les dominé-e-s ou « invisibilisé-e-s » de l’histoire (12:00) ; les années 1980 comme point de bascule d’une politisation de l’histoire, réactivant une histoire conservatrice (14:00) ; un exemple d’invisibilité récente : l’histoire des paysans (16:45) ; un contexte qui amène à chercher des façons d’opposer des propositions aux récits dominants ou simplificateurs (18:10) ; l’espace de la vulgarisation qu’il ne faut pas abandonner (19:30) ; l’impératif pédagogique, lié à l’émancipation, et qui ne va pourtant pas de soi dans le métier historien (24:30) ; un livre qui constitue à la fois un manifeste et l’exposition de propositions et de tâtonnements (26:20) ; le nécessité pour les historiennes et les historiens de « redistribuer » le capital culturel (28:40) ; pour cela, un travail qui peut se confronter à d’autres formes, comme le travail théâtral (30:50) ; un retour sur la polémique liée à la (fausse) disparition de Verdun dans les programmes scolaires (36:00) ; l’histoire comme mise à distance de soi-même, permettant aussi le désaccord et le débat (40:20). Les précédentes émissions : sur l’enseignement de l’histoire, avec Laurence De Cock ; autour de 1848, avec Mathilde Larrère et Romain Duplan ; sur le dictionnaire “Maitron” avec Paul Boulland.
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20 mars 2019 - 00:37:41
Cliquer ici pour écouter la deuxième partie de l’émission qui passe en revue les différents thèmes abordés dans la série. La série : Rome (HBO / BBC, 2005-2007)  Les invités : Vivien Barrière, MCF en histoire et archéologie à l’université de Cergy ; Victor Faignaert, doctorant à l’université de Caen ; Clément Salviani, doctorant à l’INHA La discussion : comment les invités ont découvert la série « Rome » ; comment la série se sert de personnages secondaires et souvent fictifs pour en faire des déclencheurs de faits historiques ; le contexte de création au début des années 2000 et l’ambition considérable de la série ; le rôle du producteur John Milius ; un moment de revival du péplum suite notamment au succès de Gladiator et les parallèles entre les deux fictions ; les autres productions évoquant l’antiquité (Troie, 300…) ; la périodisation et le rythme des deux saisons ; les mésaventures de la production qui a conduit à condenser la série ; les choix narratifs et en termes de sources, et les distances prises avec celles-ci ; le conseiller historique Jonathan Stamp ; les mécanismes causaux de la série ; le portrait croisé d’Antoine et Octave, et la représentation des enjeux politiques romains.    
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20 mars 2019 - 01:10:08
Cliquer ici pour écouter le premier volet de l’émission, consacré aux origines de la série et à son contexte de production. La série : Rome (HBO / BBC, 2005-2007) Les invités : Vivien Barrière, MCF en histoire et archéologie à l’université de Cergy ; Victor Faignaert, doctorant à l’université de Caen ; Clément Salviani, doctorant à l’INHA La discussion : les aspects visuels de la reconstitution de Rome ; le jeu sur l’intérieur et l’extérieur, la domus et la rue ; la façon dont la vie d’un quartier, l’Aventin, est restituée, avec ses liens sociaux et sa criminalité ; les clins d’œil aux films de gang et de mafia ; le vêtement comme source de distinction sociale ; le conflit populares / optimates et les rapports complexes entre grandes familles romaines, parfois un peu simplifié à l’écran ; Pullo et Vorenus comme incarnation de deux tendances au sein de la société romaine ; la représentation de l’esclavage, très frontale ; une série hypersexualisée, au détriment des personnages féminins, mais aussi d’un Auguste caricatural sur ce plan ; le cosmopolitisme de Rome, le rapport orient-occident, et les représentations outrées de l’Égypte lagide ; la scène clef : « He was a consul of Rome ! » ; la façon dont les rituels romains sont mis en scène, notamment les rites de damnation (defixio) ; le rapport à la mort et au suicide des personnages ; nos scènes préférées ou, à l’inverse celles qu’on peut penser ratées du point de vue historique ; quelle période de l’histoire romaine faudrait-il adapter en série ou en film ?
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13 mars 2019 - 00:51:54
L’invité : Nicolas Delalande, professeur au Centre d’histoire de Sciences Po Le livre : La Lutte et l’entraide. L’Âge des solidarités ouvrières, Paris, Seuil, « L’univers historique », 2019.La discussion : comment on passe d’une histoire de l’impôt, de l’État, à celle de l’internationalisme ouvrier (1’05) ; l’inscription dans l’histoire transnationale et dans celle de la première mondialisation du XIXe siècle, où le mouvement ouvrier est directement confronté à l’ouverture des échanges (3’02) ; la relecture d’une historiographie élaborée en partie dans les années 1960-1970 et marquée alors par des questionnements surtout idéologiques et politiques (5’05) ; une première internationale marquée par des solidarités de métier (7’00) ; le paradoxe central travaillé par le livre : comment s’organiser, sur le plan financier notamment, sans reproduire l’institutionnalisation du monde bourgeois ? (8’50) ; l’imprégnation paradoxale des syndicalistes anglais par la morale victorienne en matière de rapport à l’argent et de respectabilité (11’05) ; l’invention d’une solidarité ouvrière distincte de la charité ou de la philanthropie (13’20) ; le moment qui suit l’écrasement de la Commune comme mise à l’épreuve de ces pratiques (16’50) ; l’importance du crédit dans l’imaginaire et les pratiques socialistes de l’époque (18’10) ; l’extrême importance de la question migratoire dans la mise en place de l’internationalisme ouvrier, faisant écho aux débats actuels sur les « travailleurs détachés » ou le « dumping social » (22’20) ; la centralité de Londres, tant pour le capital que pour les militants ouvriers et révolutionnaires, et la fidélité des autorités britanniques au droit d’asile (27’07) ; les malentendus et les difficultés pratiques de l’internationalisme, face en particulier à la construction des États-nations (30’15) ; les débats sur la grève générale illustrant ces divergences (33’15) ; les mutations géographiques du second internationalisme des années 1880-1890, les États-Unis voire les colonies devenant des espaces à prendre en compte, compliquant le jeu des solidarités (37’30) ; dans quelle mesure les préoccupations contemporaines ont joué dans l’écriture du livre (42’55) ; l’adoption d’enfants comme pratique marquante de solidarité dès les années 1860-1870, réutilisée ensuite dans des contextes guerriers (travaux de Célia Keren sur la guerre d’Espagne) (45’15). Le conseil de lecture : Mark Mazower, What You Did Not Tell: A Russian Past and the Journey Home, Londres, Allen Lane, 2017.
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6 mars 2019 - 00:41:58
L’invité : Laurent-Henri Vignaud, Maître de conférences à l’université de Bourgogne Le livre : Antivax. La résistance aux vaccins du XVIIIe siècle à nos jours, Paris, Tallandier, 2019. La discussion : la défiance française envers les vaccins (1’) ; le contexte du XVIIIe siècle où la variole est d’une grande dangerosité (2’) ; les pratiques d’inoculation contre la variole, venues de l’empire ottoman (3’30) ; les craintes liées à une pratique contre-intuitive, consistant à introduire la maladie dans l’organisme pour s’en prémunir, à une époque où l’on ne connaît pas les micro-organismes (5’05) ; les raisonnements des mathématiciens des Lumières soutenant l’inoculation, et les dilemmes de la protection individuelle / collective (7’55) ; la pratique de l’inoculation en lien avec les statuts sociaux des médecins, chirurgiens, barbiers (10’15) ; l’intérêt des élites pour cette pratique, mais des expérimentations faites sur des populations reléguées et dominées comme les prisonniers (11’50) ; ainsi, l’inoculation presque systématique des esclaves (14’00) ; des interrogations redoublées par la vaccination mise au point par Jenner à la fin du XVIIIe siècle (15’15) ; les craintes de la « minotaurisation » et les premiers opposants aux vaccins (17’30) ; l’enrichissement de Jenner ou Pasteur comme objet de soupçon, thème structurant du discours anti-vaccinal (18’50) ; les questions d’identité nationale qui font parfois obstacle aux vaccins, à l’époque napoléonienne notamment (20’05) ; une hostilité à la vaccination qui relève plus largement d’une défiance envers l’État, dans les campagnes en particulier (21’25) ; la Grande-Bretagne comme lieu maximal des conflits autour de la vaccination, faisant éclore des débats sur l’habeas corpus et l’objection de conscience (22’45) ; des liens entre mouvements ouvriers et antivaccinisme (26’35) ; et même avec le féminisme (28’30) ; le nouveau contexte de la médecine pastorienne, qui suscite des résistances importantes, et les méthodes parfois peu avouables de Pasteur (30’20) ; l’accident vaccinal comme argument des opposants aux vaccins, et la naissance de l’idée de consentement des patients dans les années 1930 (33’50) ; les liens entre antivaccinisme et thérapies « alternatives », ainsi que la perméabilité partielle du nazisme à l’antivaccinisme (36’50) ; le moment de l’après-Grande Guerre comme apogée de l’obligation vaccinale, dans la sphère militaire mais aussi coloniale (38’45). Les références citées : – Yves-Marie Bercé, Le Chaudron et la lancette : croyances populaires et médecine préventive, 1798-1830, Paris, Presses de la Renaissance, 1984. – Grégoire Chamayou, Les corps vils. Expérimenter sur les êtres humains aux XVIIIe et XIXe siècles, La Découverte, coll. « Les empêcheurs de penser en rond », 2008. – Pierre Darmon, La longue traque de la variole : les pionniers de la médecine préventive, Paris, Perrin, 1985. – Catriona Seth, Les rois aussi en mouraient. Les Lumières en lutte contre la petite vérole, Paris, Éditions Desjonquères, coll. « L’esprit des lettres », 2008.“The cow-pock, or : The wonderful effects of the new inoculation”, caricature de James Gillray (1802) Le conseil de lecture : Nadia Durbach, Bodily Matters: The Anti-Vaccination Movement in England, 1853-1907, Durham, Duke UP, 2005.
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27 février 2019 - 00:46:12
L’invitée : Agnès Graceffa, historienne médiéviste (musée de la Résistance de Bruxelles) Le livre : Une femme face à l’histoire. Raïssa Bloch, Saint-Pétersbourg-Auschwitz (1898-1943), Paris, Belin, 2016. La discussion : les origines du travail et la collecte des archives privées concernant Raïssa Bloch (1’15) ; le parcours de Raïssa Bloch qui débute dans une famille de la bourgeoisie juive de Saint-Pétersbourg (4’30) ; la possibilité des études universitaires pour les femmes en Russie à l’époque (6’50) ; le foisonnement artistique des débuts de l’URSS auquel participe Raïssa Bloch (8’06) ; du fait notamment de ses capacités linguistiques (10’20) ; la confrontation avec l’arbitraire du pouvoir soviétique et son arrestation (11’25) ; un premier exil en Allemagne, où vit une énorme communauté russe émigrée (14’20) ; les relations de Raïssa Bloch avec Vladimir Nabokov / Sirine (16’25) ; son insertion dans la médiévistique allemande, via les Monumenta Germaniae Historica et la réalisation de sa thèse sur Léon IX (21’) ; un statut d’ « intellectuelle précaire », reléguée à des tâches d’érudition fastidieuse (23’15) ; l’aide en France de Ferdinand Lot et son rôle pour intégrer Raïssa Bloch, auprès des médiévistes français, à qui elle apporte sa connaissance de l’Allemagne (27’30) ; en Allemagne, la montée du nazisme et les difficultés qu’elle rencontre (32’45) ; une vie plus difficile encore en France occupée, face aux persécutions, avec l’arrestation de son mari (35’50) ; son passage dans la clandestinité, son action dans l’OSE auprès d’enfants, et sa propre arrestation (40’40) ; leur souvenir entretenu par leurs proches (43’15). Le conseil de lecture : Jean-Michel Chaumont, Survivre à tout prix ? Essai sur l’honneur, la résistance et le salut de nos âmes, Paris, La Découverte, 2017.
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20 février 2019 - 00:43:39
L’invité : Romain Ducoulombier, historien et enseignant L’œuvre discutée : Louis Aragon, Le roman inachevé, 1956 La discussion : le contexte de l’année 1956 et d’une remise en question du stalinisme, avec notamment le rapport secret de Khrouchtchev au XXe Congrès du PCUS (2’25) ; la position intellectuelle et politique d’Aragon à cette date (4’35) ; le statut du recueil, entre roman, autobiographie, fiction (7’05) ; les thèmes du masque, du double, et les formes de dérobade dans l’ouvrage (9’25) ; l’importance du long séjour en URSS dans les années 1930 (12’20) ; un rapport au communisme marqué par une tension vers l’avenir (13’45) ; l’absence de Staline du recueil (15’50) ; l’importance de la Grande Guerre pour Aragon (17’50) ; ses origines familiales complexes et déguisées (21’30) ; un passage dans les troupes d’occupation en Allemagne (22’50) ; la période surréaliste (24’30) ; l’entrée en communisme vécue sur le mode de la croyance (27’45) ; la tension entre engagement politique et expérience amoureuse, avec Elsa Triolet (29’45) ; la présence de la Résistance dans le recueil, à travers en particulier les “Strophes pour se souvenir” (32’40) ; l’évocation du 6 février 1934 et du Front Populaire (37’25) ; les formes de désenchantement vis-à-vis du communisme (39’50). Les références citées dans l’émission: – colloques lycéens : Héros et monstres ; Rêves et cauchemars – Romain Ducoulombier, Histoire du communisme, Paris, PUF, “Que sais-je?”, 2014. – Romain Ducoulombier et Jean Vigreux (dir.), Le PCF, un parti global (1919/1989). Approches transnationales et comparées, Dijon, Editions Universitaires de Dijon, 2019. Les conseils de lecture : – Nicolas Patin, Krüger, un bourreau ordinaire, Paris, Fayard, 2017. – Fabrice Grenard, Une légende du maquis: Georges Guingouin, du mythe à l’histoire, Paris, Vendémiaire, 2018.  
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13 février 2019 - 00:39:14
L’invité : Florian Barrière, maître de conférences en langue et littérature latines à l’université de Grenoble-Alpes La discussion :la proportion des textes antiques perdus / qui ne nous sont pas parvenus (0’45) ; la façon dont on connaît, par traces et « tradition indirecte », les textes dont on ne dispose pas (3’45) ; l’idée, plutôt erronée, d’une destruction ponctuelle et catastrophique, et l’histoire plus compliquée qu’on ne le pense souvent de la bibliothèque d’Alexandrie (5’20) ; les mutations du IIIe siècle, avec notamment le passage du volumen (rouleau) au codex (7’00) ; la transmission des textes due à leur utilité (technique, pédagogique…) pour les contemporains (8’45) ; les effets de la christianisation du monde ancien sur la transmission des œuvres (9’45) ; l’exemple de Cicéron, très parlant pour comprendre le processus de diffusion d’un livre dans l’antiquité (11’25) ; les décalages entre les titres donnés aujourd’hui à certaines œuvres et leurs dénominations contemporaines (13’50) ; les questions d’attribution incertaines pour certains textes et la transmission d’œuvres « mineures » sous un « grand nom » (15’15) ; la copie médiévale et le travail dans les scriptoria des monastères (17’20) ; la copie de textes en parallèle dans le monde latin et à Byzance (19’) ; la naissance au XIXe siècle d’une science de l’édition des textes anciens, l’ecdotique, à travers les travaux de Karl Lachmann en particulier (20’40) ; les liens entre philologie classique et études bibliques (25’50) ; les outils dont disposent aujourd’hui les philologues, l’informatique en particulier (27’) ; le travail qui reste à mener pour éditer des textes, aussi bien méconnus que « grands classiques » (28’55) ; les découvertes qui restent à faire : rouleaux d’Herculanum, sermons d’Augustin, palimpsestes… (32’) ; la dimension à la fois individuelle et collective du travail, facilité par la numérisation de certains manuscrits (36’10). Le conseil de lecture : – L. D. Reynolds et N. G. Wilson, D’Homère à Erasme. La transmission des classiques grecs et latins, Paris, Presses du CNRS, 1984    
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6 février 2019 - 00:49:18
L’invitée : Charlotte Guichard, directrice de recherches au CNRS Le livre : La griffe du peintre, Paris, Seuil, « Univers historique illustré », 2018.La discussion : le titre du livre, la « griffe » entre métaphore animale, geste auctorial, et dispositif technique (1:40) ; la signature médiévale ou renaissante comme marque de l’atelier (4:15) ; le monogramme de Dürer, affirmation de l’auteur mais pas encore autographe (5:45) ; les raisons qui font émerger la signature dans le tableau au XVIIIe siècle (6:55) ; les transformations du statut de « l’auteur » dans la période, et sa manifestation dans la signature (7:45) ; l’émergence d’un public qui sait regarder différemment les tableaux et leurs signatures (10:20) ; en retour, la complexité des choix d’emplacements pour les signatures, chez Chardin ou Boilly (11:50) ; les conditions nouvelles de la notoriété des peintres via les Salons notamment (13:05) ; le jeu de la singularité et de la répétition pour de mêmes tableaux (15:30) ; un jeu de répétitions et d’échos encore compliqué par la gravure (18:00) ; la peinture de Fragonard comme « performance » visible dans sa signature (20:10) ; la signature, “signe défaillant” et indice non fiable, suivant les analyses de Carlo Ginzburg (23:00) la nouveauté de la logique du nom au XVIIIe siècle, en l’absence de cartel ou de cartouche sur le cadre, et le contexte « démocratique » de la naissance du cartel au moment de la Révolution française (24:10) ; la « forme tableau » elle-même non encore stabilisée au XVIIIe siècle, qui n’est pas seulement une image, et dont il faut faire l’histoire (26:25) ; signer de son nom, une forme d’émancipation pour un artiste d’atelier, à travers l’affaire Casanova-Loutherbourg (29:45) et la signature de femmes pourtant mineures juridiquement comme Élisabeth Vigée-Lebrun (33:30), la signature monumentale et personnelle à la fois de David (36:15) ; les réorganisations révolutionnaires du rapport au nom et à la signature (39:40) ; plus largement la nécessité de faire dialoguer l’histoire de l’art avec une histoire matérielle et sociale de la culture, où les artistes contribuent à définir la valeur de leurs œuvres (43:20). Les références citées dans le podcast : – Pierre Bourdieu, Yvette Delsaut, « Le couturier et sa griffe : contribution à une théorie de la magie », Actes de la Recherche en sciences sociales, n°1, janvier 1975 – Béatrice Fraenkel, La Signature. Genèse d’un signe, Paris, Gallimard, 1992. – Carlo Ginzburg, « Signes, traces, pistes. Racines d’un paradigme de l’indice », Le débat (nov. 1980), p. 3-44. – Pierre-Michel Menger, Portrait de l’artiste en travailleur, Paris, République des Idées & Seuil, 2003. – Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, Enrichissement : une critique de la marchandise, Paris, Gallimard, coll. « NRF Essais », 2017. Les conseils de lecture : – Svetlana Alpers, L’Art de dépeindre. La peinture hollandaise au XVIIᵉ siècle, Paris, Gallimard, « Bibliothèque illustrée des histoires », 1990 – Svetlana Alpers, L’atelier de Rembrandt. La liberté, la peinture et l’argent, Paris, Gallimard, 199 – Roger Chartier, Lectures et lecteurs dans la France d’Ancien Régime, Paris, Seuil, 1987. – Sophie Cras, L’économie à l’épreuve de l’art, Art et capitalisme dans les années 1960, Dijon, Presses du Réel, 2018.
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